Que dire de ces quelques lignes de Walden qui semblent être la substantifique moëlle, du moins la moëlle épinière voulue et choisie par le magistral Penn pour son saisissant et époustoufflant Into The Wild?
Quelle grandeur d'âme, quelle virtuosité et en même temps quelle sobriété, quelle humanité ce film possède! Plus de deux evanescentes et fugitives heures qui semblent deux petites minutes une fois sorti de la salle pour ce film qui vous laisse pensif et pour le moins dubitatif sur le sens de la vie et sur son inhérente quête du bonheur. Que de rêveries, quelle échappée sauvage pourrait-on presque dire pour nous autres spectateurs qui nous laissons avec joie et sans Penn, je veux dire sans peine, entraîner dans ces paysages superbes, dont le beauté immaculée nous coupe le souffle. Mais c'est surtout la prestation de l'irréprochable Emile Hirsch qui cristallise ce désir ancré en chacun de nous d'échapper à cette société, admettons-le sans mauvaise foi, de plus en plus oppressante. Penn pose des questions, transmet des messages en philigrane de sa pellicule, auxquels on ne sait malheureusement que répondre, n'ayant pas les réponses à ces interrogations existentielles sur la vie.
Car c'est bien sur des thèmes relativement philosophiques que le réalisateur nous entraîne au travers de cette séduisante invitation à une authentique et véritable communion avec Mère Nature. Alors pitié, rangez ces interprétations on ne peut plus honteusement terre-à-terre d'ode à l'écologie et d'apologie des actions Greenpeace, tout ça parce que McCandless se refuse à un moment à tuer une femelle renne accompagnée de son petit, vision ô combien touchante mais si secondaire par rapport aux intentions réelles du film.
Que fait en réalité Penn, sinon reprendre un thème cher à la littérature américaine du XIXème siècle, qui idéalise cette fuite de l'Homme vers l'originel, son évasion du carcan social par l'abandon du matériel (on retrouve ce thème plus ou moins directement abordé dans Délivrance de John Borrman, ainsi que dans Voyage Au Bout De L'Enfer de Cimino)? Loin d'être naïf ou simpliste, il prolonge cette vision des penseurs américains dans une juste mesure, qui ne tombe jamais dans l'excès (qui a dit que je pensais à ces minables chanteurs de punk qui crient faussement les maux de la "vilaine société qui n'a que des poblèmes"?); pour preuve les références récurrentes au Walden de Thoreau, ce dernier ayant lui-même tenté cette expérience d'abandon d'une vie prédétermiéne et conditionnée. Pour autant, le film dépoussière juste comme il le faut ce thème peut-être un peu obsolète (quoique...) et apporte une fraîcheur et une originalité incontestables, une fois encore à travers le personnage de Christopher McCandless (et dire que ce pionnier d'un rêve semblant si inaccessible a réellement existé...), auquel le spectateur ne peut s'empêcher de s'identifier.
Sur une BO sans fausses notes signée Eddie Wedder (Canned Heat, Pearl Jam...), on suit avec enthousiasme, peur, joie et engouement réels le parcours de baroudeur de ce jeune idéaliste. On le comprend, le prend en pitié, l'idéalise, le fustige même parfois... Jamais ridicules, les scènes, tout comme les personnages, reflètent la profondeur de l'âme humaine à laquelle se rivète en l'occurence cette fuite "into the wild".
L'articulation complexe du film entre flashbacks et scènes dans le Magic Bus, ainsi que la subdivision en chapitres tant temporels que thématiques peut laisser perpexple au premier abord mais se révèle par la suite incroyablement souple et maniable.
"Tout [serait presque] bien dans le meilleur des mondes possibles", et pourtant...quelle amertume! Que de sentiments mitigés et incontrôlables! Oui, quelle amertume, quelle déception personnelle de voir échouer si misérablement un si beau rêve qui avait presque tout perdu de son aspect utopique. On se rend finalement compte que McCandless, reniant famille, argent, institutions, possession jusqu'au bout des ongles n'est en fait qu'un briseur d'âmes humaines. Il n'y a qu'à voir le profond souvenir qu'il a laissé chez tous ceux qu'il a rencontrés, qu'ils soient, jeunes, vieux, hommes, femmes, hippies désillusionnés ou fermiers parfois un peu escrocs sur les bords...Christoph est toujours aimé, apprécié, mais toujours incompris. Il n'a qu'un but en tête, l'Alaska, et se retrouve finalement aveuglé par ce projet qui se mute toujours un peu plus en croisade introspective, qui lui fait passer à côté des choses essentielles de la vie. Mais là est la véritable question: que sont ces choses essentielles de la vie, ou comment être heureux? Vivre en ermite en pleine nature, ou être le fruit de nos rencontres et mûrir au gré de ces chocs hasardeux entre individus? Difficile à dire, puisque Christoph semble se nourrir des deux. Mais Penn semble plutôt pencher du dernier côté et arriver à la même conclusion que McCandless, selon laquelle le bonheur ne peut exister véritablement et durablement qu'avec Autrui, puisque c'est ce qu'il écrit lui-même dans son "carnet de bord". Ce souvenir de cet agréable jeune homme bien sous tous rapports laissé en chacune de ces rencontres semble même être plus présent que ce dernier et le personnage même de McCandless trouve (enfin) ses limites, qu'on nous communique au travers du désarroi nous serrant le coeur de ses parents, ainsi que sa propre reconaissance d'un stupide échec.
Quelle amertume donc, alors qu'on contemple impuissants ce vivant déjà mort, ce corps déjà devenue dépouille, livide, se rattachant aux bribes de sa conscience émiettée perdue dans les lignes de ses ouvrages philosophiques...
Quoiqu'il en soit, il serait un euphémisme de dire qu' Into The Wild vaut le détour, que ce soit pour ses superbes images, sa BO rafraîhissante ou même pour ce personnage attachant ayant du capituler devant la force de la nature.
Quelle grandeur d'âme, quelle virtuosité et en même temps quelle sobriété, quelle humanité ce film possède! Plus de deux evanescentes et fugitives heures qui semblent deux petites minutes une fois sorti de la salle pour ce film qui vous laisse pensif et pour le moins dubitatif sur le sens de la vie et sur son inhérente quête du bonheur. Que de rêveries, quelle échappée sauvage pourrait-on presque dire pour nous autres spectateurs qui nous laissons avec joie et sans Penn, je veux dire sans peine, entraîner dans ces paysages superbes, dont le beauté immaculée nous coupe le souffle. Mais c'est surtout la prestation de l'irréprochable Emile Hirsch qui cristallise ce désir ancré en chacun de nous d'échapper à cette société, admettons-le sans mauvaise foi, de plus en plus oppressante. Penn pose des questions, transmet des messages en philigrane de sa pellicule, auxquels on ne sait malheureusement que répondre, n'ayant pas les réponses à ces interrogations existentielles sur la vie.
Car c'est bien sur des thèmes relativement philosophiques que le réalisateur nous entraîne au travers de cette séduisante invitation à une authentique et véritable communion avec Mère Nature. Alors pitié, rangez ces interprétations on ne peut plus honteusement terre-à-terre d'ode à l'écologie et d'apologie des actions Greenpeace, tout ça parce que McCandless se refuse à un moment à tuer une femelle renne accompagnée de son petit, vision ô combien touchante mais si secondaire par rapport aux intentions réelles du film.
Que fait en réalité Penn, sinon reprendre un thème cher à la littérature américaine du XIXème siècle, qui idéalise cette fuite de l'Homme vers l'originel, son évasion du carcan social par l'abandon du matériel (on retrouve ce thème plus ou moins directement abordé dans Délivrance de John Borrman, ainsi que dans Voyage Au Bout De L'Enfer de Cimino)? Loin d'être naïf ou simpliste, il prolonge cette vision des penseurs américains dans une juste mesure, qui ne tombe jamais dans l'excès (qui a dit que je pensais à ces minables chanteurs de punk qui crient faussement les maux de la "vilaine société qui n'a que des poblèmes"?); pour preuve les références récurrentes au Walden de Thoreau, ce dernier ayant lui-même tenté cette expérience d'abandon d'une vie prédétermiéne et conditionnée. Pour autant, le film dépoussière juste comme il le faut ce thème peut-être un peu obsolète (quoique...) et apporte une fraîcheur et une originalité incontestables, une fois encore à travers le personnage de Christopher McCandless (et dire que ce pionnier d'un rêve semblant si inaccessible a réellement existé...), auquel le spectateur ne peut s'empêcher de s'identifier.
Sur une BO sans fausses notes signée Eddie Wedder (Canned Heat, Pearl Jam...), on suit avec enthousiasme, peur, joie et engouement réels le parcours de baroudeur de ce jeune idéaliste. On le comprend, le prend en pitié, l'idéalise, le fustige même parfois... Jamais ridicules, les scènes, tout comme les personnages, reflètent la profondeur de l'âme humaine à laquelle se rivète en l'occurence cette fuite "into the wild".
L'articulation complexe du film entre flashbacks et scènes dans le Magic Bus, ainsi que la subdivision en chapitres tant temporels que thématiques peut laisser perpexple au premier abord mais se révèle par la suite incroyablement souple et maniable.
"Tout [serait presque] bien dans le meilleur des mondes possibles", et pourtant...quelle amertume! Que de sentiments mitigés et incontrôlables! Oui, quelle amertume, quelle déception personnelle de voir échouer si misérablement un si beau rêve qui avait presque tout perdu de son aspect utopique. On se rend finalement compte que McCandless, reniant famille, argent, institutions, possession jusqu'au bout des ongles n'est en fait qu'un briseur d'âmes humaines. Il n'y a qu'à voir le profond souvenir qu'il a laissé chez tous ceux qu'il a rencontrés, qu'ils soient, jeunes, vieux, hommes, femmes, hippies désillusionnés ou fermiers parfois un peu escrocs sur les bords...Christoph est toujours aimé, apprécié, mais toujours incompris. Il n'a qu'un but en tête, l'Alaska, et se retrouve finalement aveuglé par ce projet qui se mute toujours un peu plus en croisade introspective, qui lui fait passer à côté des choses essentielles de la vie. Mais là est la véritable question: que sont ces choses essentielles de la vie, ou comment être heureux? Vivre en ermite en pleine nature, ou être le fruit de nos rencontres et mûrir au gré de ces chocs hasardeux entre individus? Difficile à dire, puisque Christoph semble se nourrir des deux. Mais Penn semble plutôt pencher du dernier côté et arriver à la même conclusion que McCandless, selon laquelle le bonheur ne peut exister véritablement et durablement qu'avec Autrui, puisque c'est ce qu'il écrit lui-même dans son "carnet de bord". Ce souvenir de cet agréable jeune homme bien sous tous rapports laissé en chacune de ces rencontres semble même être plus présent que ce dernier et le personnage même de McCandless trouve (enfin) ses limites, qu'on nous communique au travers du désarroi nous serrant le coeur de ses parents, ainsi que sa propre reconaissance d'un stupide échec.
Quelle amertume donc, alors qu'on contemple impuissants ce vivant déjà mort, ce corps déjà devenue dépouille, livide, se rattachant aux bribes de sa conscience émiettée perdue dans les lignes de ses ouvrages philosophiques...
Quoiqu'il en soit, il serait un euphémisme de dire qu' Into The Wild vaut le détour, que ce soit pour ses superbes images, sa BO rafraîhissante ou même pour ce personnage attachant ayant du capituler devant la force de la nature.
Reiseemann



