"Mais qu'est-ce qui se passe-t-il? Mais quelle idée lui vient à l'idée?"

"Mais qu'est-ce qui se passe-t-il? Mais quelle idée lui vient à l'idée?"
Telles furent mes deux premières expériences, du moins enregistrées, des bourdes excellentes dont le système scolaire recèle. Le plus souvent, et pour notre plus grand plaisir, ces lapsus monumentaux s'échappent de la bouche des profs, qui, sans doute trop surmenés, ne maîtrisent plus les soubresauts sauvages de leur langue et la coordination motrice du langage.
Ainsi fus-je témoin d'un prof de langues (sans vouloir faire de jeux de mots), qui, s'impatientant devant l'hésitation maladroite d'une élève embourbée dans la lecture d'un texte écrit dans la langue de Goethe, s'écria: "Allons, Mathilde, dépêchons-nous, dépêchons-nous, passons les préliminaires!", ignorant qu'il était, bien sûr, du lourd double-sens de son exclamation.
De même, l'étude d'Ovide, plus particulièrement du mythe de Pygmalion, réveilla semble-t-il quelques pensées lubriques. Ainsi le prof de littérature se prit-il les pieds dans les fils emmêlés de ses pensées salaces, et parla de la Verge d'ivoire, au lieu, bien sûr, de la Vierge d'ivoire, pour ceux qui connaissent l'histoire. Non content de son erreur, ne voilà-t-il pas qu'il renchérit en réponse à une intervention fatalement inévitable d'un élève, lui-même, plutôt porté sur la chose: "hmmm...lapsus révélateur"; le prof: "tu m'étonnes..."

Vous l'aurez remarqué, je ne cite et ne citerai pas clairement les protagonistes de ces échanges inattendus. Hé, pas folle la mouche. Seulement, si par le plus grand des hasards, vous qui avez participé à ces cafouillages exquis, vous retrouvez sur ce blog, peut-être vous reconnaîtrez-vous, si vous vous en souvenez...en tout cas, rassurez-vous, nous on s'en souvient!!

Avec l'étude plus poussée (enfin, prétendument -_-) de la langue de Shakespeare, vint se greffer un risque supplémentaire de tomber dans l'abîme du ridicule, donnant au final un mélange assez cocasse. Peut-être ne comprendrez-vous pas forcément les situations et les contextes dans lesquels ces phrases sont sorties, ce qui est le plus souvent normal, vu qu'il n'y avait pas de contexte précis à proprement parler, ce qui donne toute l'authenticité, la rareté, et donc la valeur à ces perles de la communication. So here is a little collection of the best pieces of these last two years. Enjoy...

S1 en cinéma: "Well, I cannot speak to you and write on the board, so...I'll write on the board." G.D. Logique, bravo pour la communication prof-étudiants dans un amphi -_-

S2 en Gothic: "Every time she appears in the novel, she's mentionned, she's mentionned as...how is she mentionned? Now, OK, you tell me." T.T. Belle manière de se défausser!

"Qu'est-ce qu'il fait là en fait? Là, il est en train de noyer un poisson, n'est-ce pas, c'est bien ça qu'on dit?" T.T. (à propos de l'auteur). Bien sûûûûûûûr, tout à fait...noyer le poisson dans l'eau peut-être, non?

S2 en thème: "Yes, but...yes." G.D. D'accord, pas d'accord?

S2 en version: "Il faut tenter la Providence" paroles d'une étudiante rapportées par L.H. "Tenter sa chance, tenter le destin, oui, pourquoi pas, mais tenter la Providence, j'avoue que je ne connaissais pas."

S2 en litté brit: "He was a bad King; he was a homosexual." J.-F. C. Ah, d'accord. Homophobe moi!? So what?

"I know it is traditionnal in...well, I know it is traditionnal." J.-F. C. Faîtes pas chier et copiez!

S2 en civi. brit. du Commonwealth: "Pour punir un policier, on commence par le maire en prison." C.D. Le mettre en prison, plutôt, non? Remarquez, tout le monde est corrompu, alors pourquoi pas.

Dialogue entre C. D. et nous à propos d'une étudiante américaine, restée assez discrète pendant le semestre, disparue du jour au lendemain:
"-Ah, tiens, notre camarade américain n'est pas parmi nous aujourd'hui...
-C'était une fille!
-Vous dîtes? Il a...?
-C'était UNE FILLE!!
"
Il est vrai qu'elle était restée vraiment très discrète, mais de là à en oublier son sexe...

S2 en civi américaine: "La punition divine, Dieu sait qu'elle est terrible." E.L. Tant qu'à faire...

"Oui, bon, en fait, excusez-moi, je vous ai dit p. 13, mais c'est p.13." E.L. Ah, mais ça change tout!

"The dominator who dominates." E.L. Remarquez, c'est lui le plus à-même.

S3 en civi brit. du Commonwealth (II): "So, in the text, the idea of violence is explained with the lexical field of violence." Olivia L. Noooooon, sans déconner? 28/10/08 16h55

"Thomas Cook a découvert les îles Sandwich." C.D. James Cook, oui, je veux bien, mais Thomas Cook...à moins que ce ne soit son frère...ou à moins que James Cook ne soit partie par la compagnie Thomas Cook voyages...non mais vraiment ><

"Leur religion est half-between way." C.D. Aha; voilà qu'il nous sert du Franglais maintenant.

"And then, in the next paragraph, what time is it?" C.D. Votre vivacité d'esprit nous laisse pantois; nous n'arrivons plus à vous suivre Mr.

S3 en litté américaine, à propos d'un personnage mécanicien; dialogue entre E.L. et Hadjer:
E. L. : "Who?
Hadjer: The engineer.
-Oh...the mechanic
-Well, I mean, he's an engineer.
-We say a mechanic.
-OK, well, the mechanic engineer
-No, a mechanic.
"
Qui lâchera la première?

S3: "Oui, bon, ça va, on va pas jouer sur un jeu de mots." Marie B. Ah mais loin de moi cette idée Marie, sincèrement!

S3 en version: "Une condition qui est jusqu'où faut pas aller trop loin." V.P. Er, I beg your pardon?

S3: "Oui, c'est vrai, tu sais j'ai toujours été proclamée la Stupide." Marie B. J'ai mis un "S" majuscule à "Stupide", parce que là, vraiment...c'est impérial.

S4 en litté américaine: "Voilà, c'est ça, regarde, plus t'es prêt de la ligne, plus tu parles." Angélique D. 25/03/09 16h20. Là, j'avoue ne savoir que dire.

S4 en version: "Elle est à 1,5km de km de là." E.L. Ouuuh, ça fait loin ça.

"Oui, mais bon, en général, l'ensemble va avec le baiser...ou pas..." E.L. Vous nous en direz tant...

"Une allusion pas très chrétienne." Pauline G., aussi surnommé Paulain, l'idiot du village. 10/02/09 17h12. Tu veux surement dire une allusion pas très catholique Paulain?

S4 en civi américaine: "A mine which produces millions of millions of millions...well, millions." E.L. OK, think we got the idea.

# Posté le mercredi 08 juillet 2009 12:55

Appaloosa...où ça? à Paloussa... à Paloussa? oui...Appaloosa...

Appaloosa...où ça? à Paloussa... à Paloussa? oui...Appaloosa...
A l'instar du peplum ou du film de super-héros, le western est un genre capricieux, un véritable sentier escarpé pour tout réalisateur. La différence entre un bon essai et une vaine entreprise est infime, de sorte qu'il s'en tient à peu de choses pour un western de passer d'un bord à l'autre. J'en veux pour meilleurs exemples L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford et 3h10 pour Yuma, le premier un véritable exercice de style esquissant ce qui semble être les nouveaux traits du western de demain, le second, un pâle remake de 1957 où s'affiche toute la prétention de Russell Crowe, égal à lui-même.
Car un western, oserais-je reprendre des bases aussi..."basiques", n'est pas seulement fait de pétarades surnuméraires et d'un John Wayne pavanant. Non, c'est avant tout un milieu confiné, une scène en huis-clos -d'où le paradoxe de la dimension symbolique de ces grandes étendues sauvages du Mid-West à chaque fois célébrées- où se joueront toujours des destins forcément tragiques. L'action ne quittera pas les murs de ces petites villes bien insignifiantes ainsi perdues en plein désert qui leur serviront de décor. Ainsi, Pale Rider ou encore Lago, à défaut de passer pour des chefs d'oeuvre du genre, ne vont cependant pas jusqu'à défigurer ce dernier. Mais n'allez pas penser que je loue tout ce qui est signé Sergio Leone, Eastwood lui-aussi nous a parfois offert des prestations sérieusement moyennes.

Mais Appaloosa c'est encore plus que ça, et Ed Harris a su éviter les pièges traditionnels dans lesquels se sont si souvent jetés tête-baissée d'autres réalisateurs. Ici, la topographie n'est pas prétexte à une peinture idyllique, la photographie reste sobre, simple. Elle se suffit à lui-même. Bien sûr, il y a du relief, des bonhommes crapahutant à cheval...mais j'ai envie de dire: "et alors?" On sent tout de suite le refus de cette exagération qui a longtemps fait école. Finalement, le film est plus proche de L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, mais c'est quand même encore autre chose.
Le style, si véritable volonté styllistique il y a, est épuré. A certains moments, notamment les scènes dans la ville, il s'agit plus, passez-moi l'expression, d'un "réalisme documentaire", d'où l'extrême lenteur du film, qui ne lui porte pourtant pas préjudice. Le film dépeint à mon sens parfaitement la vie, souvent précaire, de ces pionniers qui ont implanté la civilisation dans les régions hostiles de l'Ouest. Plus précisément, les plans envisagent les détails des intérieurs, les moeurs des habitants de la ville, bref un quotidien bien insipide. Illustration avec les deux comparses Everett Hitch (Viggo Mortensen) et Virgil Cole (Ed Harris), le plus souvent désoeuvrés, errant sans vrai but dans la ville. Alors que fait Cole? il s'acoquine avec une charmante Miss French, campée par Renée Zellweger. Le boulot de shérif ne rime pas forcément avec action constante. On sera d'ailleurs étonnés de voir que les scènes de fusillade ne sont pas si nombreuses, quoiqu'amplement suffisantes, mais plutôt choisies avec parcimonie, insérées quand il le faut, comme il le faut. A Appaloosa, on ne vide pas son barillet comme un cinglé, on est d'avantage économe, mais quand on tire, on tire bien, enfin on essaye du moins. Il n'est pas donné à tout le monde d'être une fine gâchette, surtout avec les pétoires de l'époque.
Tout porte à croire que ce western s'éloigne en réalité du genre auquel il est censé appartenir. Pourtant tout est bien là: le shérif, les gros durs et autres brutes épaisses, les catins, les notables véreux, les flingues bien sûr, le train, les Indiens...alors quoi? s'agirait-il d'une destruction du mythe? Possible, voire probable, quand bien même ce serait pour la bonne cause. Notons que les avatars habituels du genre sont traités, une fois encore, sous un angle inhabituel: l'attaque du train se fait tranquillement, de façon tout à fait minimaliste, sans échange de coups de feu, et les Indiens quant à eux, sont bien loin de cette image du "tout bon Indien est un Indien mort". Ils ne poussent pas de cris de pucelles sans raisons; c'est le visage du natif, différent, de l'autre, qui ressort. L'action aussi se déplace, sans jamais s'égarer, des vallées du Texas aux plateaux du Nouveau-Mexique. Enfin, le personnage féminin n'a lui non plus plus rien à voir avec ces visions d'Epinal de la veuve mi-éplorée, mi-en recherche d'une nouvelle incarnation de la virilité, façon Cardinale, mais devient plus complexe. Miss French semble on ne peut moins affectée par la mort de son mari, bien plus habitée en revanche par un comportement de nympho, de véritable garce en somme. L'essence même du western est remise en question, il s'agit de casser, tout du reste d'émietter un mythe classique, tout comme l'avait fait Stephen Crane dans ses excellentes nouvelles, telles The Bride Comes to Yellow Sky ou The Blue Hotel.

Au final, c'est un renouveau, une renaissance du Western qui nous est servi; un film qui joue avec les codes du genre, les bouscule, s'en amuse, mais toujours dans une juste mesure. Oui le dosage est bon, Harris l'est aussi, acteur comme réalisateur. Mortensen lui, malléable à l'envie, toujours aussi convaincant. En toute honnêteté, j'avais peu misé sur ce film, en grande partie à cause de Renée Zellweger et à cause du simple fait que c'était un western, mais c'est toujours agrébale de se faire ou laisser surprendre ainsi. Pour finir, apprécions la belle palette d'authentiques accents du XIXe siècle.

JC (ouais, j'ai décidé ne plus être sous couvert d'un pseudo bidon comme Reiseemann)

# Posté le samedi 04 octobre 2008 13:50

"I went to the woods because I wished to live deliberately, to front only the essential facts of life, and see if I could not learn what it had to teach, and not, when I came to die, discover that I had not lived. I did not wish to live what is not life, living is so dear..." - Henry David Thoreau

"I went to the woods because I wished to live deliberately, to front only the essential facts of life, and see if I could not  learn what it had to teach, and not, when I came to die, discover that I had not lived. I did not wish to live what is not life, living is so dear..." - Henry David Thoreau
Que dire de ces quelques lignes de Walden qui semblent être la substantifique moëlle, du moins la moëlle épinière voulue et choisie par le magistral Penn pour son saisissant et époustoufflant Into The Wild?

Quelle grandeur d'âme, quelle virtuosité et en même temps quelle sobriété, quelle humanité ce film possède! Plus de deux evanescentes et fugitives heures qui semblent deux petites minutes une fois sorti de la salle pour ce film qui vous laisse pensif et pour le moins dubitatif sur le sens de la vie et sur son inhérente quête du bonheur. Que de rêveries, quelle échappée sauvage pourrait-on presque dire pour nous autres spectateurs qui nous laissons avec joie et sans Penn, je veux dire sans peine, entraîner dans ces paysages superbes, dont le beauté immaculée nous coupe le souffle. Mais c'est surtout la prestation de l'irréprochable Emile Hirsch qui cristallise ce désir ancré en chacun de nous d'échapper à cette société, admettons-le sans mauvaise foi, de plus en plus oppressante. Penn pose des questions, transmet des messages en philigrane de sa pellicule, auxquels on ne sait malheureusement que répondre, n'ayant pas les réponses à ces interrogations existentielles sur la vie.
Car c'est bien sur des thèmes relativement philosophiques que le réalisateur nous entraîne au travers de cette séduisante invitation à une authentique et véritable communion avec Mère Nature. Alors pitié, rangez ces interprétations on ne peut plus honteusement terre-à-terre d'ode à l'écologie et d'apologie des actions Greenpeace, tout ça parce que McCandless se refuse à un moment à tuer une femelle renne accompagnée de son petit, vision ô combien touchante mais si secondaire par rapport aux intentions réelles du film.

Que fait en réalité Penn, sinon reprendre un thème cher à la littérature américaine du XIXème siècle, qui idéalise cette fuite de l'Homme vers l'originel, son évasion du carcan social par l'abandon du matériel (on retrouve ce thème plus ou moins directement abordé dans Délivrance de John Borrman, ainsi que dans Voyage Au Bout De L'Enfer de Cimino)? Loin d'être naïf ou simpliste, il prolonge cette vision des penseurs américains dans une juste mesure, qui ne tombe jamais dans l'excès (qui a dit que je pensais à ces minables chanteurs de punk qui crient faussement les maux de la "vilaine société qui n'a que des poblèmes"?); pour preuve les références récurrentes au Walden de Thoreau, ce dernier ayant lui-même tenté cette expérience d'abandon d'une vie prédétermiéne et conditionnée. Pour autant, le film dépoussière juste comme il le faut ce thème peut-être un peu obsolète (quoique...) et apporte une fraîcheur et une originalité incontestables, une fois encore à travers le personnage de Christopher McCandless (et dire que ce pionnier d'un rêve semblant si inaccessible a réellement existé...), auquel le spectateur ne peut s'empêcher de s'identifier.

Sur une BO sans fausses notes signée Eddie Wedder (Canned Heat, Pearl Jam...), on suit avec enthousiasme, peur, joie et engouement réels le parcours de baroudeur de ce jeune idéaliste. On le comprend, le prend en pitié, l'idéalise, le fustige même parfois... Jamais ridicules, les scènes, tout comme les personnages, reflètent la profondeur de l'âme humaine à laquelle se rivète en l'occurence cette fuite "into the wild".
L'articulation complexe du film entre flashbacks et scènes dans le Magic Bus, ainsi que la subdivision en chapitres tant temporels que thématiques peut laisser perpexple au premier abord mais se révèle par la suite incroyablement souple et maniable.

"Tout [serait presque] bien dans le meilleur des mondes possibles", et pourtant...quelle amertume! Que de sentiments mitigés et incontrôlables! Oui, quelle amertume, quelle déception personnelle de voir échouer si misérablement un si beau rêve qui avait presque tout perdu de son aspect utopique. On se rend finalement compte que McCandless, reniant famille, argent, institutions, possession jusqu'au bout des ongles n'est en fait qu'un briseur d'âmes humaines. Il n'y a qu'à voir le profond souvenir qu'il a laissé chez tous ceux qu'il a rencontrés, qu'ils soient, jeunes, vieux, hommes, femmes, hippies désillusionnés ou fermiers parfois un peu escrocs sur les bords...Christoph est toujours aimé, apprécié, mais toujours incompris. Il n'a qu'un but en tête, l'Alaska, et se retrouve finalement aveuglé par ce projet qui se mute toujours un peu plus en croisade introspective, qui lui fait passer à côté des choses essentielles de la vie. Mais là est la véritable question: que sont ces choses essentielles de la vie, ou comment être heureux? Vivre en ermite en pleine nature, ou être le fruit de nos rencontres et mûrir au gré de ces chocs hasardeux entre individus? Difficile à dire, puisque Christoph semble se nourrir des deux. Mais Penn semble plutôt pencher du dernier côté et arriver à la même conclusion que McCandless, selon laquelle le bonheur ne peut exister véritablement et durablement qu'avec Autrui, puisque c'est ce qu'il écrit lui-même dans son "carnet de bord". Ce souvenir de cet agréable jeune homme bien sous tous rapports laissé en chacune de ces rencontres semble même être plus présent que ce dernier et le personnage même de McCandless trouve (enfin) ses limites, qu'on nous communique au travers du désarroi nous serrant le coeur de ses parents, ainsi que sa propre reconaissance d'un stupide échec.
Quelle amertume donc, alors qu'on contemple impuissants ce vivant déjà mort, ce corps déjà devenue dépouille, livide, se rattachant aux bribes de sa conscience émiettée perdue dans les lignes de ses ouvrages philosophiques...

Quoiqu'il en soit, il serait un euphémisme de dire qu' Into The Wild vaut le détour, que ce soit pour ses superbes images, sa BO rafraîhissante ou même pour ce personnage attachant ayant du capituler devant la force de la nature.

Reiseemann

# Posté le mardi 26 février 2008 17:59

Dr. Barker and Mr. Todd...on est d'accord, quelque chose cloche?

Dr. Barker and Mr. Todd...on est d'accord, quelque chose cloche?
Dissonant. Peu harmonieux. Tels sont les qualificatifs qui pourraient convenir à ce genre hybride, échec d'un croisement expérimental hasardeux entre une comédie musicale et une peinture teintée d'expressionisme gothique qu'est Sweeney Todd. Pour sûr, Burton (à sa façon) est un maître du macabre; il est normal qu'il ne boude pas son plaisir, mais de là à jouer aux Frankenstein, il n'y a qu' un pas, que Burton a malheureusement franchi.

Dissonant tout d'abord par cette profusion de chansonettes. Certes, Sweeney Todd est une comédie musicale, enfin tente d'en être une, d'où cette overdose de refrains. Certes, Johnny Depp chante (grande première!), et plutôt bien même. Certes, on peut prêter à Burton une louable intention de parodier son propre genre cinématographique fétiche. Mais cela fait au bout du compte beaucoup de concessions et de compromis qui au final ne payent pas.
Pourtant tout était là: un Londres très "Dickens" saupoudré d'une noire suie, un scénario habilement articulé autour de thèmes alléchants -anthropophagie, meurtres sanguinaires en série, vengeance d'un homme au coeur meurtri...- , un jeu d'acteurs qui semble à première vue honorable, des images (pour beaucoup virtuelles, malheureusement) dont vos yeux ressortent repus...sans oublier l'évidente présence de Johnny Depp, dont le talent, on s'en doute, n'est plus à démontrer. Burton avait toutes les clés en main pour nous ouvrir de nouvelles portes mortuaires dans lesquelles nous nous serions, et nous sommes malgré nous trop rapidement engouffrés.
Oui mais voilà, Londres n'a pas grand chose à voir avec la petite bourgade hollandaise de Sleepy Hollow, Benjamin, ou Sweeney (lol) comme on veut, n'est ni Edward aux rasoirs d'argent, pardon, aux mains d'argent, ni Ichabod Crane et voler une part du casting d' Harry Potter n'est pas très professionnel et prête à confusion pour nous autres addicts de visages reconnaissables entre milles, car c'est bien sur cette fascination d'un visage, celui de Depp, que Burton a (trop?) voulu travaillé.

Alors bien sûr, les lames volent en scintillant, le sang gicle, que dis-je, jaillit en torrents, l'histoire est amère à souhait, mais cette épaisse tourte à la façon Burton passe difficilement. Ce sang, ou plutôt devrais-je dire cette gouache malencontreuse, d'ailleurs si présent(e) en devient presque fatiguant(e). Le spectateur coupable, pris à son propre piège, ne pouvant s'en prendre qu'à lui-même? On en a voulu, on en a eu? D'accord, c'est estampillé Burton, on s'attend à de l'excès, c'est d'ailleurs ce sur quoi repose principalement le genre gothique, mais trop c'est trop. Vous connaissez la formule, trop de sang tue...Voilà, on ne vous la fait plus.
Finalement, ces flots sanguins, tout comme les tourtes qui lui sont intimement liées, sont à l'image du film, pâteux, étouffants. Le réalisateur du mortuaire nous avait déjà fait le coup dans le tout aussi mitigé Sleepy Hollow, qui s'annonçait grandiose, puis qui vire dangereusement sur les combats trop kung-fu du cavalier sans tête, tuant du même coup dans l'oeuf cette opportunité de hisser ce personnage central à un rang plus mystique et moins ridicule. Détruire des films au potentiel indéniable aussi vite qu'on les a créés ne va aps de soi.
Et tout de même, permettez-moi de revenir sur ce film qui pousse la chansonnette un peu trop loin. De glacials airs d'orgue en guise d'apéritifs, puis on nous sert dès la première minute ce "There's no place like London", bientôt suivi d'un "To shiver the face", couronné par un "Pretty women..." dont on s'attend presque à entendre "walking down the street" tant la tonalité s'en rapproche. Mais pourquoi Diable des chansons? Pourquoi? Timmy, que nous as-tu fait là?
Puis toutes ces longueurs, ces redondances et répétitions ("mischief", les égorgements légions au milieu du film, c'est bon, on sait ce qu'est une gorge tranchée...) et cette histoire parallèle d'amour qui rend rapidement l'ensemble confus entre ce jeune marin androgyne et la pupille du juge Turpin, qui jouait déjà dans Sleepy Hollow. Décidément, on prend les mêmes et on recommence. Appliquer le principe du "on ne change pas une équipe qui gagne" n'est valable que tant qu'on ne perd pas avec...

Vous l'aurez compris, la lame Burton semble s'être émoussée avec le temps et malgré cette profusion grotesque de l'excès, les tourtes de Mme Lovett ne sont jamais que des étouffe-chrétiens et le sang répandu par Todd un laxatif. On ressort mal rasé, pour ces frais, avec cette étrange amertume d'un film bâclé qui nous reste en travers de la gorge, gorge dont on aurait tant voulu qu'elle soit plus habilement tranchée...

Reiseemann

# Posté le mardi 26 février 2008 16:49

Le 22 Novembre 1718, Edward Teach s'écroulait sur le pont, la peau trouée par cinq balles et 20 autres coups de poignard...c'était la fin de Jolly Roger...

Aha!! Alors comme ça on a cru encore une fois que le platane n'allait pas manquer d'être frappé par une foudre occulte sournoisement dirigée contre son tronc moelleux? Que neni...Bande de ventres repus à la peau bien tendue sur pattes, assomés par ces beuveries et autres orgies des fêtes de fin d'année croyiez vraiment que ce passage solennel mais barbant d'une révolution de la Terre autour du soleil à une autre allait sonner le glas de ce refuge d'âmes esseulées, au même rythme que sonnaient les douze coups de ma montre à quartz?On a rien perdu de son sens de l'humour à ce que je vois dîtes-donc...
Alors vous, voyeurs infâmes, qui vous délectez de ces vomissures chroniques empestant bon le cynisme, l'ironie, que sais-je encore, hormonales pertes de nous autres aigris (de vous, quel cercle vicieux...), acceuillez comme il se doit une nouvelle adhérente à ces décadentes publications d'un mal-être affecté. Bien qu'elle soit frappée de cécité, n'en ayez pas pour autant la vue courte sur ses déjections cérébrales...

En ce qui me concerne (beh oui, je suis là pour parler de moi, moi et encore de MOI, qui d'autre? cessons de masquer notre nombrilisme puant et assumons-le), une théorie somme toute assez risible m'a brutalement frappé le côté droit de la tête pendant cette période Oh combien réjouissante des fêtes...

Le Père Noël est-il un, ou LE (nouveau) Dieu vivant?

Véritable question existentielle qui n'a pu que retenir constamment mon geste de déchirure bestiale du papier cadeau de mes nombreux et féériques présents (une enveloppe garnie de flouze, tunes, blé, oseille, pognon, argent, pécule...), j'en suis arrivé à échaffauder toute une théorie dont Spinoza aurait à coup sûr été fier. J'arrête là cette dramatisation à outrance et ce roulement de tambour déplorable qui me sert d'introduction pour ne pas que vous escomptiez lire je ne sais trop quoi d'inouï.

Nos chères petites blondes m'ont donné matière à réflexion. En effet, analysez bien toute la palette de leurs réactions une fois qu'ils font ENFIN face à cet être mi-surnaturel, mi empestant terriblement un whisky hypocrite (on sait tous qui accepte ce "job" de Père Noël aux bonbons pas si bons dans les Intermarché, hé!): bien sûr ils ont l'air heureux, ravis, réjouis, et on a toutes les raisons de le penser. Mais qu'en est-il vraiment? Les pauvres bambins sont en réalité complètement tétanisés, comme figés, véritablement gélifiés sur ces accueillants genoux dont la position de leur illustre possesseur n'a rien à envier à celle de Zeus à Olympie. Mais enfin, regardez leurs sourires forcés, si impersonnels, que trahit pourtant un regard fugitif qui se pose tour à tour sur des parents ravis, gesticulant comme pas deux, s'émerveillant l'un et l'autre d'avoir pu être les biologiques concepteurs d'un "tel amour" (on les comprend), puis sur le photographe froid, effacé, ombre tant de lui-même et de son appareil que du Santa Claus trônant fièrement devant lui, le réduisant au simple statut de sujet, voire de bouffon, et enfin sur les passants de la galerie (non, pas des glaces) du centre commercial feignant l'indifférence mêlée parfois à la jalousie de ne pas être le parent du petit chanceux. Je suis persuadé qu'à cet instant même, les zygomatiques de nos chers bambins ne sont plus sous leur contrôle.

Mais que tirer de ce constat purement descriptif? Tout ceci ne peut qu'être le signe tangible d'un malaise plus profond. C'est pourquoi il pourrait être à ce stade intéressant de se pencher sur l'énigmatique et ambiguë relation qui unit l'enfant à ce Père Noël.

Le rôle tenu par les parents est ici prépondérant. Il est tout de même vrai qu'ils sont les premiers à nous parler de ce fameux Papa Noël, retiré dans des contrées inaccessibles (je m'y suis pourtant rendu et puis vous assurer au cas où vous le croiriez encore que le Père Noël n' EXISTE PAS!!), auxquelles l'Homme n'a pas le droit d'accéder, ne daignant rejoindre le bas-monde fangeux des humains qu'une fois l'An. Le côté unique et exceptionnel de ce geste d'extrême générosité, pour ne pas dire bonté divine, est perçu par l'enfant comme presque surnaturel, mythique; une véritable révélation. Les parents, indifférents prêcheurs de cet, -peut-on encore employer le mot d'homme?- bourrent le crâne de leur(s) progéniture(s), elle(s)-même(s) drainée(s) et maintenue(s) dans l'ignorance par l'espoir d'une juste et digne récompense, à la hauteur de leur bonne attitude tout au long de l'année. La nuit de Noël n'est autre que celle du Jugement Dernier; ceux à l'âme pure auront droit à des présents, les autres, corrompus par le vice, ne mériteront que du charbon, sombre annonciateur de leur dernier séjour chez l'ignoble et satanique Père Fouettard au fouet démoniaque.

On voit bien ici l'apparition répétitive de ces archétypes religieux et manichéens, le Bien et le Mal, respectivement incarnés par des avatars de la foi, le Père Noël, et le Père Fouettard.

Qui plus est, la liste des analogies divines ne s'arrête pas là. Le Père Noël, comme son nom l'indique, est avant tout un père, peut-être même le seul et véritable Père de chaque enfant, auquel ce dernier adresse de nombreuses prières sous forme de lettres, allant même jusqu'à mentir sur sa prétendue gentillesse ou à se repentir de ses mauvaises actions qu'il a tôt fait de minimiser à cette veille du Jugement Dernier. L'enfant ne peut trouver le sommeil, angoissé qu'il est, perturbé par cette vision quasi psychédélique de ce vieil homme sage à la barbe blanche conduisant d'une main sûre son traîneau tiré par d'emblématiques rennes, sa silhouette se détachant sur le disque lunaire, vision empruntant largement à Apollon conduisant son char solaire...Outre ces tardifs repentis déclenchés par la peur du Père Fouettard, le gamin se trouve être continuellement sclérosé dans la perpétuelle contemplation d'icônes de SON Eternel, que ce soit sur les bouteilles Coca-Cola ou bien sur des affiches publicitaires dont les créateurs n'en ont vraisemblablement rien à foutre du traumatisme qui pourrait être causé à l'enfant une fois perçues ces images païennes de Pères Noël en caleçon, portant des lunettes de soleil, sirtotant un coktail sur une plage des tropiques...

On voit dès lors que tout bambin se trouve véritablement conditionné dès son plus jeune âge par cette religion de la bonne conduite récompensée.

Mais bon sang, certains indices devraient pourtant leur mettre la puce à l'oreille et les faire se dresser contre cet obscurantisme, cette fausse vérité imposée!! Ainsi que pense tout gosse lorsqu'il voit deux (voire plus) Pères Noël à quelques mètres de distance se livrant à un véritable concours de distribution de bonbons et autres douceurs qui n'ont rien à envier aux osties? Pourquoi ne se dit-il aps qu'il ne peut aps y avoir deux Pères Noël, "puisque le [Père Noël] est un être parfait, et que l'idée de plusieurs [Pères Noël] détruit du même coup cette idée de perfection"? Il est plus que probable qu'il s'enferme dans un flagrant déni de ce qu'il a vu, ayant trop peur de perdre ce repère essentiel à sa vie, qui norme sa conduite tout au long de l'année. De même, pour revenir à cette grotesque cérémonie de la rencontre du Père Noël devant l'oeil imperturbable du photographe, tout bambin devrait se rendre compte du manque d'éloquence et de divin chez cet être tant idéalisé. Certes, il existe certains petits roublards qui cherchent à tout prix à tirer la vraie-fausse barbe du Père Noêl, mais ce geste relève-t-il vraiment d'une réelle volonté de s'écarter de ces sentiers de la perdition, ou plutôt d'une espièglerie naïve, l'enfant ne s'étant peut-être pas imaginé que la barbe était factice?

Mais après tout, le Père Noël n'est qu'un imposteur, un vulgaire meurtrier ayant assassiné le brave St Nicolas. Pourquoi alors conduire inéluctablement nos chers petites têtes blondes vers une inévitable et dévastatrice déception, s'imposant à eux par pure révélation? "Est-ce que le Père Noël il existe vraiment?" peinera à dire toute victime de cette innocence perdue, se fourvoyant du même coup dans un mélange confus de profonds sentiments, allant de la colère, l'effarement, parfois l'indifférence, ou même le déni, toujours violent. L'enfant se ment à lui-même et se perd dans tout un panel d'explications toutes plus farfelues les unes que les autres, dont le seul côté positif est l'imagination qu'elles laissent supposer, qui ne peuvent que faire sourire des parents s'échangeant des regards tant amusés, complices, que coupables.
Cette croyance imposée n'est qu'une vilaine échelle réduite, une maussade préparation à telle ou telle véritable croyance dans laquelle beaucoup d'enfants devenus grands sont englués...

C'est un vrai problème philosophique qui mériterait d'être soumis à l'académie...

Pour finir, oui je sais j'ai encore oublié, mais je suis tout de même un peu mois en retard que l'anéne dernière: BONNE ANNEE !!

Reiseemann

Un homme pose toujours une fleur sur la tombe de sa fidélité...
Le 22 Novembre 1718, Edward Teach s'écroulait sur le pont, la peau trouée par cinq balles et 20 autres coups de poignard...c'était la fin de Jolly Roger...
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le lundi 14 janvier 2008 13:39